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20 juillet 2017

Appel à article : Studiolo n° 15

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Appel à articles

Studiolo no 15 – 2018

 

Publiée par l’Académie de France à Rome, Studiolo est une revue annuelle d’histoire de l’art dédiée aux échanges artistiques entre l’Italie, la France et l’Europe de la Renaissance à nos jours.

Elle constitue un espace ouvert aux recherches les plus actuelles qui occupent l’histoire de l’art, dans ses objets comme dans ses méthodes.

Chaque livraison comporte un dossier, des varia, une rubrique regards critiques consacrée à l’historiographie et, dans la rubrique l’histoire de l’art à la Villa Médicis, une actualité des activités du département d'histoire de l’art et des chantiers de restauration à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis. Enfin, dans champ libre, Studiolo ouvre ses pages aux pensionnaires artistes de l’année en cours.

 

Dossier Studiolo 15 :

 

 

Femmes, art et Italie

                                              

Artistes, mécènes, inspiratrices… c’est à ces femmes que veut s’intéresser le prochain numéro de Studiolo. L’histoire de l’art est en quête d’elles et redécouvre progressivement le rapport privilégié qu’elles ont eu avec les œuvres. Du collectionnisme vorace d’Isabelle d’Este à la fièvre de bâtir de Catherine de Médicis, des peintures tourmentées d’Artemisia Gentileschi à la touche délicate de Rosalba Carriera ou aux installations singulières de Tatiana Trouvé, fatales ou muses, les femmes sont à la source de bien des créations.

Dans le domaine extrêmement dynamique des études actuelles (historiques, anthropologiques, sociologiques, économiques…) s’ouvrent ainsi des champs d’investigation nouveaux autour de la spécificité féminine, afin de mieux saisir les diverses stratégies mises en place par les femmes pour légitimer leur pouvoir ou promouvoir leur réputation et leur carrière artistique.

Longtemps écartées de l’apprentissage et de la pratique artistique, réduites à s’exprimer dans des genres secondaires, elles ont progressivement conquis autonomie et reconnaissance, réussissant peu à peu à concilier identité féminine et vocation artistique.

Ce nouveau numéro de Studiolo interrogera la place et le rôle des femmes dans la création artistique en Europe, et notamment en Italie, de la Renaissance à aujourd’hui à travers différents éclairages : la formation des femmes artistes ; la création au féminin, notamment dans son rapport au masculin ; les grandes figures du collectionnisme et du mécénat au féminin ; l’influence des mouvements féministes sur la création artistique aux xxe et xxie siècles ; les femmes écrivant sur l’art ; ou encore la place des femmes dans les institutions culturelles en France et en Italie.

Les articles peuvent être publiés en trois langues, français, italien et anglais, et doivent être inédits. Dans les rubriques dossier, varia et regards critiques, les articles doivent être compris entre 30 000 et 80 000 signes (espaces et notes comprises). Dans la dernière rubrique histoire de l’art à la Villa Médicis, ils doivent être compris entre 10 000 et 50 000 signes (espaces et notes comprises).

Les œuvres reproduites doivent être fournies par les auteurs et libres de droits.

Les auteurs devront se charger de mettre en forme leur article selon les normes éditoriales (disponibles sur le site de l’Académie de France à Rome www.villamedici.it).

 

L’article doit être accompagné d’un résumé de 800 signes environ et d’une biographie de l’auteur de 800 signes également présentant ses fonctions, ses recherches en cours et ses publications récentes, et complété par son adresse électronique. Ce résumé et cette biographie sont transmis dans un document distinct.

Tous ces documents sont à envoyer par courriel, au format Word, à Jérôme Delaplanche, rédacteur en chef de la revue : jerome.delaplanche@villamedici.it

 

Remise des articles : 15 décembre 2017

Parution : fin 2018

 

 

Directeur de la publication : Muriel Mayette-Holtz

Rédacteur en chef : Jérôme Delaplanche

Coordination éditoriale : Patrizia Celli et Cecilia Trombadori

Comité de rédaction : Claire Barbillon (Université Paris Ouest Nanterre), Marc Bayard (Mobilier National), Olivier Bonfait (Université de Bourgogne), Maurice Brock (CESR, Tours), Luisa Capodieci (Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne), Stefano Chiodi (Università di Roma 3), Elena Fumagalli (Università degli Studi di Modena e Reggio Emilia), Sophie Harent (musée Bonnat-Helleu, Bayonne), June Hargrove (University of Maryland), Michel Hochmann (EPHE) Dominique Jarrassé (Université de Bordeaux 3, École du Louvre), Fabrice Jesné (École française de Rome), Annick Lemoine (Université Rennes 2, Festival de Fontainebleau), Christophe Leribault (Petit Palais, Paris), François-René Martin (ENSBA, École du Louvre), Maria Grazia Messina (Università degli Studi di Firenze), Patrick Michel (Université Charles de Gaulle - Lille 3), Philippe Morel (Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne), Pierre Pinon (CNRS), Rodolphe Rapetti (Ministère de la culture), Patricia Rubin (Institute of Fine Arts, New York), Tiziana Serena (Università degli Studi di Firenze), Anne Spica (Université de Lorraine).

 

 

 

 

 

03 avril 2017

Dépaysé / Spaesato - Parution du dernier numéro de Studiolo

Studiolo 13.jpgL'Académie de France à Rome - Villa Médicis vient de publier le dernier numéro de Studiolo, la revue annuelle du département d'histoire de l'art de l'Académie.

Le dossier thématique de ce numéro 13 (2016) est consacré au dépaysement.

"Mille motivations peuvent pousser l’artiste à voyager et à changer de pays. Mais sa sensibilité créative, une fois sur le lieu, est rarement épargnée par l’expérience du dépaysement. L’exemple de l’Italie est le plus fréquent dans la culture occidentale : depuis la Renaissance, le voyage vers la Péninsule par les artistes français et plus largement européens, et même d’encore plus loin, fut un mouvement pratiquement continuel tout au long des siècles. On s’y rend souvent à la recherche d’un modèle supérieur, l’Antique, Raphaël, mais on y trouve également autre chose, une lumière, une vie populaire, une campagne. La question du dépaysement permet ainsi de repenser les échanges entre l’Europe et l’Italie sous l’angle de l’étonnement et non plus seulement celui de la reconnaissance de la Patrie des Arts. Le voyage de l’artiste, qui est un des topos de l’histoire de l’art, est ainsi exploré par un éclairage différent, attentif à la part d’étrangeté, d’inattendu pour ne pas dire d’incongru. Car au fond cette expérience du dépaysement est celle de l’altérité.

L’Italie est aussi une porte vers un plus lointain, un Orient qui désoriente, et ainsi le thème du dépaysé est l’occasion pour Studiolo de s’ouvrir vers des terres nouvelles, du « mystérieux Orient » à la « lointaine Afrique » et d’interroger la présence (coloniale ?) de nations étrangères. L’Académie de France à Rome elle-même est une institution dépaysée qui a pris sa place dans le paysage culturel italien. Mais ce dépaysement peut être exploré en sens inverse : il y a le regard de l’Européen sur le monde, mais également, et de plus en plus, le regard du monde sur l’Europe. Le dépaysement s’explore aussi sans mobilité, par la réception des apports de l’étranger."

 

Sommaire

Dossier : Dépaysé / Spaesato

Tamara Dominici

Quentin Metsys e l’Italia: immagini di un viaggio

Gabrielle de Lassus Saint-Geniès

Raphaël dépaysé par le siècle des Romantiques

Juliette Milbach

L’Italie des peintres soviétiques : un déracinement temporel

Teresa Leonor M. Vale

Uno scultore portoghese a Roma: José de Almeida (1708-1770) e l’Accademia di Portogallo nella prima metà del Settecento

dossier / champs libre

Lek & Sowat

Adina Mocanu & Alexandra Sand

Anne-Margot Ramstein & Laurent Bazin

 

Varia

Cécile Beuzelin

Le sourire du Laocoon dans la Pala Pucci de Jacopo Pontormo

Adriano Amendola

Ripensare Ottavio Leoni. I rapporti con gli Orsini e un nuovo ritratto in piccolo

Esther Theiler

Valentin de Boulogne’s Portraits of Raffaello Menicucci: The Buffoon Count of Monte San Savino

Rachel George

Organisation et mise en place de l’atelier de l’Accademia di San Luca de Rome au primo Seicento

Pascale Cugy

Variations européennes autour des gravures de modes parisiennes. Commerce, copies et adaptations

d’images d’habits sous le règne du Roi-Soleil

Jean-Marc Hofman

Une collection de plâtres méconnue. Les moulages de sculpture du Moyen Âge français de la Villa Médicis

 

Regards critiques

Bruno Chenique

Géricault en Italie : libre arbitre et république du génie. Deux siècles de recherches (1816-2016)

Dominique Jarrassé

Usage fasciste de l’art colonial et dénis d’histoire de l’art. Les Mostre d’arte coloniale (Rome 1931 et Naples 1934)

Myriam Metayer

Art national ou art universel ? L’impérialisme des manuels et des synthèses publiés en Italie et en France : une relecture postcoloniale

Carmen Belmonte

Biografia di un dipinto. La Battaglia di Dogali di Michele Cammarano tra retorica coloniale e sfortuna espositiva

 

L’histoire de l’art à la Villa Médicis

Le département d’histoire de l’art de l’Académie de France à Rome

Patrimoine

Les chantiers de restauration à la Villa Médicis, 2015

Sophie Kervran

Le fonds graphique de l’Académie de France à Rome : une collection révélatrice de l’histoire de l’institution

Lena-Maria Perfettini

Catalogue raisonné des tableaux de chevalet de la Villa Médicis, hors portraits de pensionnaires

Patrizia Celli

L’Accademia di Francia e le conseguenze della Grande Guerra

 

28 octobre 2016

Appel à article : Studiolo n° 14

Appel à articles

Studiolo no 14 – 2017

 

 

Publiée par l’Académie de France à Rome, Studiolo est une revue annuelle d’histoire de l’art.

Elle se compose de plusieurs rubriques : un dossier dont le thème change à chaque numéro, un varia qui contient des articles sans lien avec le thème annuel, une rubrique regards critiques qui regroupe des points de vue historiographiques et enfin les informations relatives aux activités scientifiques et patrimoniales de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis.

Tous les articles des différentes rubriques de Studiolo s’inscrivent dans une perspective italienne.

 

Dossier Studiolo 14 :

 

Désir

 

En dépit de l’hostilité des défenseurs de la morale contre « le piège de la volupté charnelle » (saint Augustin), les artistes n’ont eu de cesse depuis la Renaissance de retranscrire dans la matière la sensualité du corps humain. Le modèle de l’Antiquité gréco-romaine imposait un monde de récits et d’images mettant en scène le désir et parfois le suscitant chez le spectateur. Le resurgissement à l’âge moderne de cet héritage créa alors une certaine tension entre la nudité admise de l’art classique et les pulsions de désir que ce dévoilement pouvait susciter. De l’image populaire au grand art, la création européenne a développé un goût pour l’érotisation du corps tout en entretenant un rapport complexe avec la nudité, comme l’a démontré par exemple Leo Steinberg dans l’image du Christ (1983).

L’aptitude à modeler un corps que ce soit en peinture ou dans la terre, avec la sanguine ou le burin, repose indubitablement sur la sensibilité de l’artiste. Et c’est cette sensibilité que ressent le spectateur lorsqu’il regarde attentivement les formes et les ombres. Le modelé renvoie au sens du toucher. La vision se fait tactile et la lumière devient une caresse.

Enfin, si l’œuvre d’art suscite un émoi, le seul fait même de convoiter ou de posséder l’œuvre semble s’appuyer sur les mêmes ressorts que la pulsion de désir. Le collectionnisme entretient un rapport amoureux avec l’objet d’art. Au xviie siècle, collectionner la peinture apparaissait comme un vice pour les prudes du temps.

La question du désir est ainsi à la fois très centrale dans la création artistique et régulièrement refoulée. Terre d’origine des vestiges antiques, siège de l’Église catholique, patrie de Michel-Ange et de Caravage, de Titien et de Bernin, l’Italie se place à la croisée de tous les enjeux de cette riche problématique.

Les articles peuvent être publiés en trois langues, français, italien et anglais, et doivent être inédits. Dans les rubriques dossier, varia et  regards critiques, les articles doivent être compris entre 30 000 et 80 000 signes (espaces et notes comprises). Dans la rubrique informations, ils doivent être compris entre 10 000 et 50 000 signes.

Les œuvres reproduites doivent fournies par les auteurs et libres de droits.

Si un article est retenu par le comité de rédaction, les auteurs devront se charger de mettre en forme leur article selon les normes éditoriales (disponibles sur le site de l’Académie de France à Rome www.villamedici.it).

 

L’article doit être accompagné d’un résumé de 800 signes environ et d’une biographie de l’auteur de 800 signes également présentant ses fonctions, ses recherches en cours et ses publications récentes, et complété par son adresse électronique. Ce résumé et cette biographie sont transmis dans un document distinct.

Tous ces documents sont à envoyer par courriel, au format Word, à Jérôme Delaplanche, rédacteur en chef de la revue : jerome.delaplanche@villamedici.it

 

 

Remise des articles : 28 février 2017

Parution : fin 2017

 

 

Directeur de la publication : Muriel Mayette-Holtz

Rédacteur en chef : Jérôme Delaplanche

Coordination éditoriale : Patrizia Celli et Cecilia Trombadori

Comité de rédaction : Claire Barbillon (Université Paris Ouest Nanterre), Marc Bayard (Mobilier National), Olivier Bonfait (Université de Bourgogne), Maurice Brock (CESR, Tours), Luisa Capodieci (Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne), Stefano Chiodi (Università di Roma 3), Elena Fumagalli (Università degli Studi di Modena e Reggio Emilia), Sophie Harent (musée Bonnat, Bayonne), June Hargrove (University of Maryland), Dominique Jarrassé (Université de Bordeaux 3, École du Louvre), Fabrice Jesné (École Française de Rome), Christophe Leribault (Petit-Palais, Paris), François-René Martin (ENSBA, École du Louvre), Maria Grazia Messina (Università degli Studi di Firenze), Patrick Michel (Université Charles de Gaulle - Lille 3), Philippe Morel (Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne), Pierre Pinon (CNRS), Rodolphe Rapetti (Ministère de la culture), Patricia Rubin (Institute of Fine Arts, New York), Tiziana Serena (Università degli Studi di Firenze), Anne Spica (Université de Lorraine).

15 octobre 2016

350 ans de création - Exposition à la Villa Médicis

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L'Académie de France à Rome célèbre les 350 ans de son existence avec une grande exposition à la Villa Médicis :

350 ANS DE CRÉATION
les artistes de l’Académie de France à Rome
de Louis XIV à nos jours

L’exposition, qui se tient du 14 octobre 2016 au 15 janvier 2017 et dont j'ai assuré le commissariat, permet de découvrir l’activité créatrice des artistes de l’Académie de France à Rome, pensionnaires et directeurs, lors de leur séjour romain.

Elle présente plus d’une centaine d’œuvres créées à l’Académie de France à Rome de 1666 à nos jours par des artistes tels que Fragonard, David, Ingres, Berlioz, Garnier, Carpeaux, Debussy et Balthus. Le parcours se termine par une installation vidéo due à Justine Emard mettant en scène les œuvres de pensionnaires des dernières décennies.

L'exposition est complétée par la programmation de deux concerts consacrés aux compositions d'anciens pensionnaires les jeudis 17 novembre et 8 décembre 2016. 

Le projet est accompagné par deux autres expositions organisées à Rome par l’Accademia Nazionale di San Luca et l’Accademia di Belle Arti di Roma sur les relations entre les deux académies romaines et l’institution française.

Ces trois expositions se concluront par un colloque organisé par les trois académies les 11, 12 et 13 janvier 2017 et intitulé Les Académies artistiques entre héritage et débats artistiques contemporains.

Le catalogue de l’exposition de la Villa Médicis est publié par Officina Libraria (en français et en italien).

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06 août 2016

Exposition Charles Le Brun

Formidable exposition Charles Le Brun au Louvre Lens actuellement ! Coysevox.jpgLa dernière rétrospective un peu globale sur l'artiste datait de 1963 (par Jacques Thuiller à Versailles) et il reste toujours difficile de comprendre pourquoi les monographies sur le premier peintre de Louis XIV étaient depuis cette date pour ainsi dire inexistantes. Pourquoi cet artiste à l'activité si prodigieuse, à l’œuvre si central dans la culture française du Grand Siècle a dû attendre 2016 pour être célébré comme il se doit ? Peu importe en définitive car cette longue maturation a finalement abouti à une exposition parfaitement réussie, dont le commissariat est assuré par Bénédicte Gady et Nicolas Milovanovic, et à un catalogue somme. Il y avait bien eu quelques études ponctuelles sur des chantiers particuliers (de plus en plus nombreuses d'ailleurs ces derniers temps), l'inventaire des dessins du fonds du Louvre (2000) et naturellement la remarquable thèse de Bénédicte Gady. Nous avons désormais ce beau catalogue d'exposition, mais nous attendons impatiemment aujourd'hui la monographie chez Arthena, souvent annoncée et devant paraître prochainement.

712202267_B978684881Z.1_20160518104143_000_GQO6QDABB.3-0.jpgL'un des premiers mérites de cette exposition est de faciliter le contact avec la peinture de Le Brun souvent très dispersée, mal visible dans les églises, cachée dans les collections privées. Voici qu'aujourd'hui on peut VOIR Charles Le Brun. Le Saint Jean à la porte Latine de Saint-Nicolas du Chardonnet si mal présenté ordinairement, sous un spot jaune infâme, apparaît à Lens dans toute sa splendeur. Les coups de pinceau d'un blanc crémeux sont superbes... Le drapé au centre de la Suzanne justifiée par Daniel est saisissant. Le bélier dont la laine se mêle au buisson dans le Sacrifice d'Isaac est confondant de virtuosité. Les Noces de Moïse et Séphora, l'un des tableaux de la toute fin de la vie du peintre, offrent un spectacle subjuguant.

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Intelligente, inventive, généreuse, l'exposition met naturellement en valeur la variété exceptionnelle des activités de Charles Le Brun, montrant son actions et son intervention continuelle dans les arts décoratifs, pour les tapisseries, les sculptures, la théorie de l'art, et jusqu'aux fêtes royales...

Souvent les expositions monographiques sont de redoutables épreuves pour les peintres qui deviennent vite lassant, répétitif et qui parfois dévoilent leur faiblesse. Le Brun est au contraire un esprit prodigieusement multiple et l'exposition comme l'artiste ne lassent jamais. C'est continuellement passionnant.

 

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On aurait tant aimé y retourner dix fois. Cependant, le choix de cette localisation décentralisée est particulièrement cruel pour l'amateur d'art. (Avec un train qui arrive à 9h pour une musée qui ouvre à 10h, et pas un lieu pour attendre l'ouverture, aucun aménagement, pas même un banc pour s'asseoir). Heureusement, la galerie du Temps est toujours aussi agréable et stimulante.

10 juin 2016

Italie rêvée, Italie fantasmée - Parution du dernier numéro de Studiolo

Studiolo 12 (2).jpgL'Académie de France à Rome - Villa Médicis vient de faire paraître (avec un peu de retard) le dernier numéro de Studiolo, la revue scientifique du département d'histoire de l'art.

Le dossier thématique de ce numéro 12 (2015) est consacré à l'Italie rêvée, l'Italie fantasmée.

"Sanctuaire des chefs-d’œuvre de l’Antiquité, cœur des innovations de la Renaissance, rivale de la France pendant le Grand siècle, l’Italie est devenue la patrie du Grand Tour, le chemin vers l’Orient, une terre d’accueil pour des artistes en quête de lumières prodigieuses, ou nostalgiques de la grandeur classique. Elle a été parcourue, rêvée ou fantasmée par nombre d’artistes. Son paysage apparaît alternativement comme un souvenir, une recomposition ou un protagoniste (dans le cinéma d’Antonioni ou de Fellini, par exemple). Depuis le fantasme de l’Italie idéale ou au contraire l'image de la malavita, l’allégorie ou la caricature, en passant par la célébration ou le monument (durant le Risorgimento), les Italie(s) sont multiples."

Studiolo a ainsi constitué un dossier qui rend compte de quelques-unes de ces visions et mythologies, fantasmes ou représentations artistiques de l’Italie, de la Renaissance à nos jours.

 

 

 

 

 

Sommaire:

 

DOSSIER : Italie rêvée, Italie fantasmée

Andrea E. Bell

From Subject to Style in French Neoclassicism: Architectural Drawing in the Campagne

Anna Jolivet

L’artiste comme figure romantique. Un exemple de processus de mythification de l’école vénitienne en France au XIXe siècle

Elena Marchetti

Paul Flandrin in Italia (1834-1838), tra Ingres et Corot

Sara Vitacca

Les rêves de pierre: Gustave Moreau et l’inspiration des modèles sculptés de Michel-Ange

Cecilia Ferrari

Savonarola, 1935: le fantasme de Benito Mussolini, le fantasme de Jacques Copeau

DOSSIER : CHAMP LIBRE

Josephine Holvorson

 

VARIA

Clarisse Evrard

La suite gravée des Vases de Jacques Ier Androuet du Cerceau (c.1511-1585), de l'anthologie d'estampes italiennes au cahier de modèles à vocation pédagogique

Éric Pagliano

Commencement potentiel «Se servir des inventions d'autrui» et les modifier

Florian Métral

L’art est une histoire de création. Retour sur la chapelle Chigi de Santa Maria del Popolo à Rome

Costanza Barbieri

Venezia a Roma: “la maniera disforme” di Sebastiano nella Loggia della Galatea

Clovis Whitfield

Domenichino and the ‘Carracci’ Landscape

Alessandro De Stefani

Modigliani alla Cité Falguière: la prima fase della scultura nel suo contesto immediato

 

REGARDS CRITIQUES

Elisa Coletta

La descrizione della pittura: Louis Marin e Nicolas Poussin a confronto

 

L’HISTOIRE DE L’ART À L’ACADÉMIE DE FRANCE À ROME – VILLA MÉDICIS, 2014

Cécile Lebrenne

Un portrait d’Ingres par Henry Lehmann, dernier hommage de l’élève au maître

Emiliano Ricchi

Balthus e i «décors Balthus» a Villa Medici. L’opera dell’artista e gli interventi del restauratore Angelo Arnolfo Crucianelli

Patrizia de Culli

L’Accademia di Francia nella Grande Guerra: storia di un microcosmo

 

Studiolo n° 12 - 2015

Italie rêvée, Italie fantasmée
Coédition Académie de France à Rome – Villa Médicis / Somogy
353 pages
21,5 x 28,5 cm
29 €
ISBN 978-2-7572-211786
ISSN 1635-0871
Imprimé en Italie en avril 2016

 

Le numéro suivant de Studiolo sera consacré au thème du dépaysement et sortira à la fin de l'année 2016.

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23 avril 2016

Nouvelle publication : un tableau n'est pas qu'une image

couverture HDR.jpgLes Presses Universitaires de Rennes viennent de faire paraître ma thèse d'Habilitation à Diriger des Recherches que j'avais soutenue en décembre 2014.

Voici le propos :

La progressive prise en considération de la facture de la peinture dans la culture artistique du XVIIIe siècle est l’histoire d’un enrichissement du regard. La peinture était décrite jusqu’alors comme une fenêtre ou comme un miroir. Elle devint aussi une matière. Au commentaire d’une image s’ajouta le commentaire d’une surface. Nous sommes aujourd’hui entièrement redevables de ce retournement paradigmatique qui eut lieu vers 1760.

Ce livre ambitionne d’expliquer de quelle manière la question de la nature picturale de la peinture devient peu à peu prééminente dans les esprits de  l’époque, jusqu’à fonder notre regard critique actuel. Il analyse les tensions et interactions entre le discours et la pratique, en partant du théoricien André Félibien jusqu’au peintre Jacques-Louis David.

Textes et tableaux sont rassemblés autour de quatre lieux : (1) l’Académie et les textes théoriques ; (2) l’atelier et l'étude des pratiques ; (3) le Salon et la critique d’art  ; (4) la salle de vente et le vocabulaire des  catalogues de vente.

Sur ce dernier lieu, la méthode statistique permet de suivre très finement l’évolution chronologique du champ lexical. Chargée de promouvoir les tableaux, cette nouvelle littérature artistique n’hésite pas à en souligner audacieusement les qualités proprement picturales.

Une nouvelle voie s’ouvre alors, qui permettra, un siècle plus tard, à Delacroix d’affirmer précisément que « le premier mérite d’un tableau est d’être une fête pour l’œil ».

 

On trouvera en accès libre sur le site de l'éditeur le texte entier de l'introduction.

Je présenterai l'ouvrage au musée des Beaux-Arts de Tours le samedi 4 juin 2016 à 16h.

 

Un tableau n’est pas qu’une image. La reconnaissance de la matière de la peinture en France au XVIIIe siècle, Rennes, Presses Universitaire de Rennes, collection "Art et Société", 2016

Format : 17 x 24,5 cm
Nombre de pages : 240 p.

Illustrations : Couleurs et N & B

ISBN : 978-2-7535-4370-6

Disponibilité : en librairie
Prix : 26,00 €

21 octobre 2015

Appel à article : Studiolo n° 13

 

Appel à articles

 

Studiolo no 13 – 2016

 

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Publiée par l’Académie de France à Rome, Studiolo est une revue d'histoire de l'art annuelle qui traite des relations entre l’Italie, la France et l’Europe. Elle se compose de plusieurs rubriques : un dossier dont le thème change à chaque numéro, un varia qui contient des articles sans lien avec le thème annuel, une rubrique regards critiques qui regroupe des points de vue critiques et historiographiques et enfin les informations relatives aux activités scientifiques et patrimoniales de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis.

 

Dossier de Studiolo no 13 :

 

Dépaysé / Spaesato

Mille motivations peuvent pousser l’artiste à voyager et à changer de pays. Mais sa sensibilité créative, une fois sur le lieu, est rarement épargnée par l’expérience du dépaysement. L’exemple de l’Italie est le plus fréquent dans la culture occidentale : depuis la Renaissance, le voyage vers la Péninsule par les artistes français et plus largement européens, et même d’encore plus loin, fut un mouvement pratiquement continuel tout au long des siècles. On s’y rend souvent à la recherche d’un modèle supérieur, l’Antique, Raphaël, mais on y trouve également autre chose, une lumière, une vie populaire, une campagne. La question du dépaysement permet ainsi de repenser les échanges entre l’Europe et l’Italie sous l’angle de l’étonnement et non plus seulement celui de la reconnaissance de la Patrie des Arts. Le voyage de l’artiste, qui est un des topos de l’histoire de l’art, est ainsi exploré par un éclairage différent, attentif à la part d’étrangeté, d’inattendu pour ne pas dire d’incongru. Car au fond cette expérience du dépaysement est celle de l’altérité.

L’Italie est aussi une porte vers un plus lointain, un Orient qui désoriente, et ainsi le thème du dépaysé sera l’occasion pour Studiolo de s’ouvrir vers des terres nouvelles, du « mystérieux Orient » à la « lointaine Afrique » et d’interroger la présence (coloniale ?) de nations étrangères. L’Académie de France à Rome elle-même est une institution dépaysée qui a pris sa place dans le paysage culturel italien. Mais ce dépaysement peut être exploré en sens inverse : il y a le regard de l’Européen sur le monde, mais également, et de plus en plus, le regard du monde sur l’Europe. Le dépaysement s’explore aussi sans mobilité, par la réception des apports de l’étranger. Ce numéro thématique abordera ainsi les formes les plus diverses du dépaysement.

 

Les articles peuvent être publiés en quatre langues : français, italien, anglais, allemand. Ils doivent être inédits et compter entre 30 000 et 80 000 signes, espaces compris. Les œuvres reproduites doivent être libres de droits et fournies par les auteurs.

L’article doit être accompagné d’un résumé de 800 signes environ et d’une biographie de l’auteur de 800 signes également présentant ses fonctions, ses recherches en cours et ses publications récentes, et complété par son adresse électronique. Ce résumé et cette biographie sont transmis dans un document distinct.

Les articles sont à envoyer par courriel, au format Word, à Jérôme Delaplanche, rédacteur en chef de la revue : jerome.delaplanche [at] villamedici.it

 

 

Tous les articles proposés pour les différentes rubriques de Studiolo doivent s’inscrire dans la perspective italienne ou méditerranéenne propre à la revue.

 

Remise des articles : 28 février 2016

Parution : fin 2016

 

 

Directeur de la publication : Muriel Mayette-Holtz

Rédacteur en chef : Jérôme Delaplanche

Coordination éditoriale : Patrizia Celli et Cecilia Trombadori

Comité de rédaction : Claire Barbillon (Université Paris Ouest Nanterre), Marc Bayard (Mobilier National), Olivier Bonfait (Université de Bourgogne), Maurice Brock (CESR, Tours), Luisa Capodieci (Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne), Stefano Chiodi (Università di Roma 3), Elena Fumagalli (Università degli Studi di Modena e Reggio Emilia), Sophie Harent (musée Bonnat, Bayonne), June Hargrove (University of Maryland), Dominique Jarrassé (Université de Bordeaux 3, École du Louvre), Fabrice Jesné (École Française de Rome), Annick Lemoine (Université Rennes 2, INHA), Christophe Leribault (Petit-Palais, Paris), François-René Martin (ENSBA, École du Louvre), Maria Grazia Messina (Università degli Studi di Firenze), Patrick Michel (Université Charles de Gaulle - Lille 3), Philippe Morel (Université Paris 1 Panthéon - Sorbonne), Pierre Pinon (CNRS), Rodolphe Rapetti (INHA), Patricia Rubin (Institute of Fine Arts, New York), Tiziana Serena (Università degli Studi di Firenze), Anne Spica (Université de Lorraine).

22 septembre 2014

Le Désir et les dieux

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Mon dernier livre paraît ces jours-ci aux éditions Flammarion. Il s'agit d'un ouvrage sur la mythologie et le désir amoureux. Depuis de longues années maintenant, je m'intéresse à la manière dont les peintres et les sculpteurs ont traité de la question du désir et de la pulsion sexuelle. J'avais déjà écrit en 2012 un article sur un aspect de cette question (voyez ici)

Ce nouvel ouvrage aborde successivement les différents couples de la mythologie gréco-romaine, Mars et Vénus, Pluton et Proserpine, Apollon et Daphné, Vénus et Adonis, etc., en soulignant les interprétations personnelles de chaque artiste, la lecture du mythe qu'il propose, l'invention visuelle qu'il déploie pour séduire le spectateur le voyeur.

J'ai cherché à mettre en résonance le surgissement créatif et l'invention esthétique avec l'image sensuelle, l'expression plastique du désir. Créer est une manifestation du désir.

Ce livre a été écrit en collaboration avec la grande spécialiste de la littérature hellénique Françoise Frontisi-Ducroux qui présente les différents récits mythologiques à partir des sources antiques.

L'ouvrage bénéficie en outre d'une introduction très inspirée écrite par Yves Bonnefoy.

Wtewael.jpgJoachim Wtewael
Mars and Venus Surprised by the Gods
1610-14
Getty Centre, Los Angeles

 

Merry-Joseph_Blondel,_The_Death_of_Hyacinthus.jpg

Merry-Joseph Blondel (1781 - 1853).
Mort de Hyacinthe, 1810
huile sur toile
Musée Château Baron Martin, Gray

 

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Apollon et Daphné
Gustave Moreau (1826-1898)
huile sur toile, H. : 0,320 m. L. : 0,250 m.
Paris, musée Gustave Moreau

 

 

Bonnard Pierre, Enlèvement d’Europe, 1919, Toledo museum of Art.jpg

Pierre Bonnard
L’Enlèvement d’Europe, 1919
Toledo, Toledo Museum of Art
 

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Hendrik Goltzius,
1603
huile sur toile
Los Angeles County Museum of Art
 

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Bartholomäus Spranger
1596
Vienne, Kunsthistorisches Museum

 

25 mars 2014

Un amateur d'art au XVIIIe siècle

Nathalie Manceau vient de faire paraître sa thèse de doctorat consacrée à Guillaume Baillet de Saint-Julien (1726-1795) aux éditions Honoré Champion (Paris, 2014).

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Si Baillet de Saint-Julien lui-même est peu connu, cette publication possède le grand intérêt de dresser un panorama complet du phénomène littéraire et culturel de la critique d'art d'art au milieu du XVIIIe siècle en offrant une présentation contextuelle élargie de la publication des "Salons". L'ouvrage va donc au-delà de l'étude monographique et sera très utile pour les étudiants en histoire de l'art.

21 juin 2013

"Pourquoi Wagner ?"

La revue L’Éléphant vient de faire paraître son numéro 3 avec un dossier sur Richard Wagner. J’ai écrit un article présentant l’œuvre du compositeur-poète et j’ai ensuite interviewé l’un des meilleurs connaisseurs de Wagner de la jeune génération, Timothée Picard. Après l’histoire de l’art, l’œuvre de Wagner est en effet mon second domaine de spécialisation comme ont pu le constater ceux qui ont suivi le colloque du mois d’avril sur l’universalisme et l’identité.
Ci-dessous, la première page, en manière de teasing :

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25 avril 2013

Un dossier "Peinture" dans la revue L'Elephant

Le numéro 2 de la revue de culture générale L’Éléphant paraît ces jours-ci.


Parmi les nombreux et très divers sujets abordés dans cette revue se trouve un dossier supervisé par mes soins et consacré à la peinture. La première partie de ce dossier est un article qui s’interroge sur la nature même de la peinture. Un tableau est-il une image ou une matière ? Que voit-on dans la peinture ? Notre approche souligne le rôle déterminant joué par les peintres vénitiens du XVIe siècle. Ce texte, qui constitue une forme de résumé des enjeux de la picturalité dans la peinture figurative, devrait fortement intéresser mes étudiants de 3e année de Licence de l’ICP puisqu’il s’agit précisément du thème de cette année !

Ensuite,  j’ai eu le plaisir d’interviewer M. Philippe Dagen sur la place de la peinture dans l’art contemporain et particulièrement dans le contexte français. J’ai également recueilli les témoignages de deux jeunes artistes peintres, Romain Bernini et Axel Sanson, en les interrogeant sur le sens de leur pratique et sur leur expérience personnelle en tant que peintres en France aujourd’hui.

21 mars 2013

Peintures du XVIIe et du XVIIIe siècles pour le décor du château d'Eu

La Société de l'Histoire de l'Art français est une société savante fondée en 1872 avec pour mission la promotion de l'étude de l'art français en particulier par la publication d'archives et de documents administratifs inédits comme les procès-verbaux de l'Académie royale ou les Comptes des Bâtiments du roi.

La Société édite également un Bulletin qui fait paraître annuellement les travaux des chercheurs consacrés à l'art français du Moyen Âge à nos jours.

Dans le numéro de 2011 (qui vient de sortir), rassemblant les travaux présentés à l'assemblée de la Société en 2010, se trouve un article écrit par mes soins et consacré au décor de l'appartement de l'aile de Bresle au château d'Eu sous Louis-Philippe.

Le château d'Eu fut édifié en 1578 par  Henri de Lorraine, duc de Guise, dit « le Balafré ». Lorsque Louis-Philippe hérite du château et du domaine d'Eu à la mort de sa mère en 1821, il confie à l’architecte Pierre Fontaine la charge des travaux de restauration. Le château devient alors une résidence royale pour la famille d’Orléans qui y réside régulièrement. Fontaine construit également en 1827-1828 un bâtiment un peu en retrait, en contrebas le long de la Bresle.

 

Ce bâtiment, qu'on appela aussi l’aile des Ministres ou « aile des vingt-deux chambres », abritait une salle du Conseil ainsi que des logements pour les ministres, ambassadeurs, médecins et généraux lorsque le roi et la famille royale résidaient à Eu. Jean Vatout, le principal historien ancien du château, précise ainsi la fonction et le décor de cette aile : « Les appartements du château étant devenus insuffisants pour loger toutes les personnes à qui le roi accorde l’honneur de l’accompagner dans ses voyages à Eu, S. M. a fait construire sur la Bresle, annexés au pavillon des bains, des appartements nouveaux décorés avec élégance. Les tableaux qu’on y a placés ne font pas suite à la collection de portraits qui est le caractère distinctif de la décoration du château d’Eu ; ce sont presque tous des sujets mythologiques. Ces nouveaux appartements ont nécessité, pour tous les services domestiques, de grands travaux qui font honneur au talent de M. Fontaine » L’aménagement de cette aile date de 1838.

 

Résidence. Recueil de plans. Eu. 1831-1848

 (Archives des musées nationaux cote : 39 DD 2). Salle D.

 

On trouve aux Archives des musées nationaux un recueil de planches donnant une description précise des élévations de chacun des murs des huit chambres de cet appartement, permettant ainsi de connaître le détail de la répartition des tableaux. Ces derniers avaient été prélevés dans les collections royales et provenaient d’anciens décors, fragments dispersés ornant à l’origine les pavillons de Marly, de la Ménagerie, du Grand Trianon, du rez-de-chaussée de Versailles ainsi que d’anciens cartons de tapisseries. Chaque composition fut ensuite transposée sur une nouvelle toile puis entourée par un faux cadre doré.

Noël-Nicolas Coypel, Vénus, Bacchus et l’Amour, Paris, musée du Louvre.

Aujourd’hui H.  2,68 sur L. 1,79, mais à l’origine H. 2,35 sur L. 1,38

Anonyme, Fleurs dans un vase de bronze enrichi de bas-relief

Fontainebleau, musée national du château


À la chute du régime de la Monarchie de Juillet, la plupart des tableaux sont envoyés au musée du Louvre ou en dépôt au château de Fontainebleau. Les œuvres considérées comme appartenant à Louis-Philippe lui sont rendues. Elles sont vendues à Londres en 1857. Sur les 144 tableaux qui ornaient jadis l’appartement de l’aile de Bresle, nous en avons retrouvé 118 dont notre article dresse l'inventaire détaillé. Un grand nombre de ces toiles ne sont plus aujourd’hui exposées et ne trouvent nul usage. On pourrait imaginer la reconstitution d'une ou deux salles de ce décor aujourd'hui démantelé.

31 janvier 2013

Une nouvelle revue

Une nouvelle revue vient de faire son apparition dans les kiosques : L'Éléphant.

Cette revue est entièrement consacrée à la culture générale : la définir, l'acquérir, s'en réjouir...

 

Outre, naturellement, les différents dossiers culturels qu'elle propose, cette revue a l'originalité d'insister sur la question de la mémorisation. "Savoir c'est se souvenir" proclame-t-elle en couverture en citant Aristote.

 

J'ai apporté ma modeste contribution à ce premier numéro avec un bref témoignage répondant à la question "A quoi sert la culture générale ?" qui était posée à 25 personnalités.

 

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14 janvier 2013

Louis XIV sur le champ de bataille

Versalia, la revue de la Société des Amis de Versailles, publie ce mois-ci son 16e numéro annuel :

 

J'ai écrit pour ce numéro un article (p.71-90) intitulé :

 

"Louis XIV sur le champ de bataille :

l'invention d’un héroïsme royal entre textes et images"

 

dont voici le résumé :

 

   Avec la naissance de l’État moderne, le roi de France ne peut plus se battre. Pris dans le conflit entre l’idéal chevaleresque et les nouvelles exigences de l’absolutisme, Louis XIV chercha cependant sans relâche à éprouver la guerre dans sa chair, à en vivre les fatigues et en braver les dangers. Il était à la recherche d’un héroïsme qui lui était interdit.

   Après avoir rappelé les enjeux de la représentation du roi à la guerre entre langage allégorique et langage naturaliste, nous chercherons à mieux cerner l’attitude de Louis XIV sur le champ de bataille, l’emplacement où il se tenait, ce qu’il y faisait.

   Outre une iconographie louis-quatorzienne plutôt bien étudiée (récemment entre autres par Peter Burke, Thomas Kirchner, Gérard Sabatier et Marianne Cojannot-Le Blanc), nous nous sommes appuyés pour notre étude sur des textes d’auteurs pas ou peu sollicités par les historiens et les historiens de l’art mais qui se révèlent cruciaux pour notre problématique : le marquis de Dangeau, Jean Donneau de Vizé, Henri Philippe de Limiers et le marquis de Quincy.

16 mai 2012

La Méduse Murtola de Caravage

 

Caravage est devenu avec les années un de ces noms singuliers de l'histoire de l'art qui, à peine cité, déclenchent immédiatement l'excitation médiatique. Comme pour Léonard de Vinci, toute réapparition d'une nouvelle œuvre est un événement quasi-planétaire. Les enjeux financiers devenant de fait considérables lorsque ces œuvres appartiennent à des collectionneurs privés, les enquêtes autour de la question de l'attribution prennent des proportions inédites. Ce fut ainsi le cas pour le beau portrait féminin de profil dit La belle princesse attribué récemment à Léonard de Vinci. Des analyses scientifiques précises ont naturellement été entreprises mais l'enquête a également pris la forme d'un livre, d'un documentaire télévisuel, de sites Internet, le tout sous le regard des médias. Parfois, souvent, cette excitation est plus nuisible qu'autre chose. On le voit actuellement avec les vaines tentatives de retrouver sous les fresques de Vasari au Palazzo Vecchio, la fameuse Bataille d'Anghiari de Léonard, au risque de malmener les peintures de Vasari.

Le culte de l'artiste, de ces quelques artistes particuliers, de ces élus, atteint parfois des niveaux insensés avec par exemple les efforts entrepris pour retrouver les ossements de Caravage. Le nom de l'artiste acquiert presque une dimension sacrée. Dès lors, les questions d'attribution débordent du cercle des spécialistes et des connaisseurs ; on se souvient de la vaine agitation médiatique en 2006 autour de deux médiocres copies d'après Caravage conservées à Loches mais qui avaient été présentées comme des originaux par le maire de la ville.

Au milieu de tant de passions et d'enthousiasmes contradictoires, il est une œuvre tout à fait singulière que nous voudrions présenter. Il s'agit d'une Méduse (50 sur 48 cm) attribuée à Caravage et qui semble bien être la première version du célèbre tableau du musée des Offices à Florence.

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Caravage, Méduse Murtola, Milan, collection particulière

La première fois que nous avons entendu parler de cette peinture et que nous en avions vu une (mauvaise) photographie, notre sentiment quant à l'attribution était plutôt mitigé. La comparaison avec la version de Florence nous semblait en défaveur de celle-là et nous ne comprenions pas que Caravage ait pu peindre une seconde version identique dans ses moindres détails.

Mais face à l’œuvre, l'effet est tout autre. L'impression un peu désagréable de la forme du visage tel qu'on le voit sur la photographie trouve son explication dans la courbure de la surface qui naturellement tord les proportions. En revanche, en présence de l’œuvre, cette déformation s'évanouit instantanément. La qualité de l'exécution s'impose de surcroît comme une évidence. Et l'on reconnaît bien alors le style puissant de Caravage.

Mais ce qui fait définitivement pencher la balance en faveur de l'attribution c'est que la réflectographie à infra-rouge dévoile le dessin préparatoire et les ébauches sous la couche picturale visible. On découvre ainsi les recherches et les tâtonnements de l'artiste pour trouver l'emplacement définitif des éléments du visage. Les difficultés rencontrées à cause des déformations de la perspective dues à la convexité de la surface ont entraîné des changements importants dans le placement des yeux et dans la forme de la bouche.

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Réflectographie


La présence de ces modifications du dessin préparatoire sous-jacent plaide assez naturellement pour l'hypothèse suivante : cette Méduse-ci est la première version. Le tableau du musée des Offices est donc une seconde version, de la main de Caravage également, réalisée cette fois sans tâtonnement grâce aux acquis de la première version et sur un bouclier de dimensions sensiblement plus grandes.

En outre, l’œuvre comporte une "signature" (si c'en est bien une) : "Michel A f.” (pour Michel A[ngelo] f[ecit]) tracé avec le sang de la Méduse. Presque trop beau pour être vrai...

Le surnom Méduse Murtola provient d'un madrigal composé par Gaspare Murtola en l'honneur du "bouclier de la Méduse, peinture de Caravage" qu'il aurait ainsi vu à Rome lors de son séjour dans la ville entre 1600 et 1602 (la version des Offices se trouvait à Florence depuis 1598).

On pourrait s'attarder longuement sur tous ces aspects techniques, historiques et artistiques passionnants. Une étude détaillée et approfondie sur cette "Première Méduse" a été publiée récemment en 2011.

 

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07 mai 2012

Les représentations d'enlèvement à travers les arts

 

Les Libres cahiers pour la psychanalyse viennent de faire paraître leur nouveau numéro, dédié aux Vies amoureuses. J'ai publié dans ce volume un article intitulé :

"Images d'une pulsion. Les représentations d'enlèvement à travers les arts"

Comme il s'agit d'une revue qui n'a pas pour usage de publier des illustrations, cet article est malheureusement sans images. Je profite donc de ce blog pour montrer les œuvres que je cite dans le corps de mon texte. 

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Emmanuel Frémiet, Gorille enlevant une femme, 1887, Nantes, musée des Beaux-Arts

 

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 Alexandre Cabanel, Nymphe enlevée par un faune, 1860, Lille, palais des Beaux-Arts

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Bernin, Enlèvement de Proserpine, 1622, Rome, Galleria Borghese

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Corrège, Enlèvement de Ganymède, vers 1532, Vienne, Kunsthistorische Museum

 

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Michel-Ange ?, Enlèvement de Ganymède, 1533, Cambridge (Mass.), Fogg Art Museum

 

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Enlèvement de Ganymède, copie romaine d'un original grec, Venise, Museo archeologico

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 Pierre et Gilles, Ganymède, triptyque, 2001, Collection François Pinault

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 Titien, Enlèvement d'Europe, 1562, Boston, Isabella Stewart Garner Museum

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 Giambologna, Enlèvement d'une Sabine, 1583, Florence, Loggia dei Lanzi

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Rubens, Enlèvement de Proserpine, vers 1615, Paris, muse du Petit-Palais

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Rubens, L'Enlèvement des filles de Leucippe, 1616, Munich, Alte Pinakothek

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attribuée au Peintre de Salting, Borée enlèvant Orithye, œnochoé à figures rouges, vers 360 avant J.-C., Paris, musée du Louvre





 

 

 

 

 


 

03 mai 2012

Envers et contre tous

 

Les actes du colloque Art et violence organisé par René Démoris, Florence Ferran et Corinne Lucas Fiorato et qui s'était tenu à l'Université de Paris 3 - Sorbonne nouvelle en décembre 2010, viennent de paraître aux éditions Desjonquères.

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Ma contribution à cette belle publication s'intitule :

  Envers et contre tous. La vie d'artiste selon Antoine-Joseph Dezallier d'Argenville.

Dans son Abrégé de la vie des plus fameux peintres (Paris, 1745, 2e éd. 1762), Dezallier d'Argenville décrit les efforts des artistes pour s'imposer dans une société qui se montre parfois hostile à l'expression de leur génie créateur. Les vies de Joseph Parrocel et de Noël-Nicolas Coypel sont très significatives à cet égard.

Parrocel, peintre de bataille, s’est acquis une réputation d’artiste au caractère fiévreux, inventeur d’images sanglantes et furieuses. « Trop sincère pour être courtisan » nous explique Dezallier d’Argenville, Parrocel critiquait le caractère et la peinture de Van der Meulen, son concurrent direct, disant que « ce peintre ne savait pas tuer un homme ». Les biographes de Parrocel insistent sur ses conflits avec Jules Hardouin-Mansart dont il sort vainqueur par la seule qualité de son art. La figure de l’artiste fougueux qui déjoue les intrigues et l’emporte sur les gens de cour les plus en vue, plaît visiblement à Dezallier d’Argenville qui rapporte les péripéties et les bons mots à l’avantage du peintre.

À l’inverse, la vie de Noël-Nicolas Coypel est émaillée d’humiliations et d’échecs qui se terminent par sa ruine financière. La mort de l’artiste est même mise directement en relation par ses biographes avec les procès et contrariétés qui empoisonnèrent son existence lors de son dernier et ambitieux chantier. Dezallier d'Argenville dresse un portrait attachant de cet homme prêt à tout sacrifier pour la grandeur de son art, quitte à y laisser sa fortune et sa santé.

L’étude de ces deux carrières met en lumière les procédés historiographiques de Dezallier d'Argenville : celui-ci s'appuie autant sur les triomphes que sur les échecs pour réaffirmer le concept de la grandeur de l’artiste qui cherche à s'imposer envers et contre tous.


31 mars 2012

Une collection privée de dessins exposée au musée des beaux-arts de Rennes

 

Christian et Isabelle Adrien sont des collectionneurs bien connus dans le monde de l'art ancien, en particulier dans le domaine du dessin. Le musée des beaux-arts de Rennes leur prête ses murs afin de montrer au public les plus belles feuilles de leur collection et d'en publier le catalogue scientifique. Comme l'explique Francis Ribemont, directeur honoraire du musée, dans l'avant-propos du catalogue, le principe d'une exposition présentant une collection privée dans un musée public n'est pas un geste anodin et aurait peut-être naguère soulevé quelques difficultés. Heureusement, les relations entre les musées, les collectionneurs et le marché de l'art ont beaucoup évolué ces dernières années. Ce qui reste toutefois encore un peu nouveau, c'est le caractère explicite de l'affichage de cette situation. L'exposition s'intitule en effet : Une collection particulière : les dessins de la collection Christian et Isabelle Adrien. Cette franche simplicité est plutôt rare car le plus souvent on opte pour un titre plus "poétique". Ce sera ainsi le cas pour une exposition prochaine au musée Jenisch à Vevey (Suisse) : La tentation du dessin.

Mais le plus important reste naturellement l'intérêt des oeuvres présentées, ce qui est bien le cas ici avec un très bel ensemble de feuilles allant de la Renaissance au néo-classicisme, toutes écoles confondues. Le projet scientifique a été conduit sous la direction de Pierre Rosenberg. Nous avons participé à ce catalogue pour la rédaction d'une notice consacrée à un dessin original de Joseph Parrocel représentant le Triomphe de David.

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L'œuvre date probablement de la dernière décennie de la vie de l'artiste, autour de 1700. De dimensions relativement importantes, elle illustre le goût de celui-ci pour les techniques mixtes et les «écritures confuses», mêlant librement les lignes, les taches, les traces de pinceau et les traits de plume. Le style de Parrocel est assez original au sein de la production de son temps. « Parrocel est nouveau dans tout ce qu’il a produit. On ne peut l’accuser d’avoir suivi aucun goût ; le ressouvenir de tout ce qu’il avoit vû, ne nourrissoit plus son génie ; il tiroit tout de son propre fond. » écrit Dezallier d’Argenville, son biographe au XVIIIe siècle.

Ce Triomphe de David constitue en outre une sorte de résumé du parcours esthétique de son auteur : les deux côtés de la composition confrontent les deux pôles de son art. Il y a, d’un côté, sur la gauche, l’image de la vie militaire, ce rêve de guerriers, ces casques et ces armures, évocation qui se concentre dans le cavalier de dos en contre-jour, sur son cheval cabré, qui donne des ordres à ses troupes, silhouette admirable de nervosité et qui résume toute une inspiration de l’artiste. Et de l’autre côté, en pleine lumière, un groupe de jeunes filles charmantes, levant les bras, dansant et jouant de la musique, et dont les silhouettes sont animées par des accents de gouache blanche. Tout l’œuvre de Joseph Parrocel est comme tendu entre ces deux inspirations, l’une militaire et masculine, l’autre champêtre et féminine. Ce qui les unit, c’est la picturalité du traitement, la liberté des formes.

Ajoutons un dernier mot sur le catalogue pour louer le travail de l'éditeur et cette très belle maquette, moderne et élégante.


05 mars 2012

Pour une approche typologique de la peinture de bataille

 

Le Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine de l'Université de Nice Sophia-Antipolis vient de faire paraître dans les Cahiers de la Méditerranée les actes d'un colloque que Marie-Aline Barrachina et Jean-Pierre Pantalacci y avaient organisé du 19 au 21 novembre 2009 sur le thème : Guerres et guerriers dans l'iconographie et les arts plastiques.

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Nous avions contribué à cette réflexion par une communication intitulée "Pour une approche typologique de la peinture de bataille du XVIIe siècle". Au sein de l'art classique, la peinture de bataille est un genre mal connu et souvent malheureusement peu apprécié. Elle est en effet perçue comme monotone et paradoxalement peu émouvante. Ignorant fréquemment les tenants et les aboutissants de l'affrontement représenté, le spectateur reste parfois indifférent. Cette peinture obéit à des codes de représentation bien particuliers qui peuvent donner l’impression d’une production un peu répétitive. La connaissance de ces codes et surtout de la manière dont les artistes jouent avec ceux-ci, offrent cependant d'intéressants points d’entrée. Notre article propose ainsi de donner les clefs de lecture de cette peinture à partir d'une typologie formelle.


04 novembre 2011

L'idée et la ligne au musée de Grenoble

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Le musée de Grenoble, qui s'était déjà distingué par sa remarquable politique de publication de son fonds de peinture ancienne, a entrepris depuis quelques années l'étude exhaustive des dessins de ses collections. Ce travail, assez considérable, s'organise selon les principales écoles artistiques : l'Italie, la France et les Pays-Bas. La publication prend la forme d'une exposition avec catalogue pour une sélection des plus belles feuilles et en parallèle la mise en ligne d'une base de données répertoriant l'ensemble des dessins pour chacune des écoles. Cette base est en cours d'élaboration et nous ne manquerons pas d'avertir nos lecteurs lorsqu'elle sera accessible sur Internet.

En 2010, l'exposition et le catalogue De chair et d'esprit permettait de découvrir les plus beaux dessins italiens du musée de Grenoble.

Cette semaine vient de s'ouvrir la deuxième exposition, L'idée et la ligne, consacrée celle-ci aux artistes français. L'accrochage est dû au talent de Guillaume Kazerouni qui a su proposer une présentation très claire et très pédagogique permettant de retracer une véritable petite histoire de l'art français. Le catalogue a été coécrit par lui, par Barbara Brejon de Lavergnée et par moi-même, et il s'ouvre par une préface de Pierre Rosenberg.

21 février 2011

Jacob van Loo redécouvert

Les éditions Arthena font paraître en ce début d'année une monographie remarquable sur le peintre hollandais Jacob van Loo (1614-1670), écrite par David Mandrella. La science de l'auteur et la qualité des reproductions permettent une vraie redécouverte du style de ce grand artiste encore trop méconnu.

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Une part importante de l'œuvre de Jacob van Loo incarne le versant dit "classique" de l'art hollandais. Il existe en effet, au XVIIe siècle, en face de la peinture réaliste, de ces portraits et scènes de la vie sociale qui ont fait le succès de l'art des Pays-Bas du Nord de Rembrandt à Vermeer, une production picturale d'une inspiration très différente. Décrivant des scènes bibliques ou mythologiques à l'imitation des peintres italiens, ce "classicisme hollandais" (celui également de Gérard de Lairesse ou de Jacob Backer) emprunte une voie originale par rapport à la tradition "arcadienne" romano-bolonaise (qui court de Raphaël à Guido Reni). La description du récit classique y passe par le filtre du naturalisme. Tous ces mondes lointains redescendent sur Terre. Vélasquez expérimenta la chose avec succès, les frères Le Nain également. Le choc de ces univers opposés produit un résultat aussi inhabituel que troublant.

Les sujets mythologiques forment ainsi une inspiration importante pour Jacob van Loo. Et ce qui frappe surtout dans ses tableaux, c'est le traitement du nu féminin. Comme l'écrit Jacques Foucart dans sa préface, ces nus "forcent l'attention". Le traitement réaliste des corps heurte nos habitudes et bouscule nos repères visuels.  Dans la culture du XVIIe siècle (et cela, depuis la Renaissance), le nu féminin est toléré s'il suit les règles formelles de l'idéalisation, c'est-à-dire s'il obéit à un canon bien précis calqué sur l'art antique. Or Jacob Van Loo propose une expérience visuelle résolument différente. Les figures de la mythologie sont incarnées par des femmes réelles. Il y a une réification de la femme idéale, littéraire et mythologique. Le nu en devient presque plus érotique. Mais c'est un érotisme alors très différent de ce que produiront par exemple François Boucher et les illustrateurs libertins du XVIIIe siècle. Le corps féminin chez van Loo ne cherche pas à être joli, aguicheur, "coquin" ou provocateur. C'est une nudité naturelle, ordinaire. Le résultat est "à la fois noble et prosaïque" (D. Mandrella). Si l'on osait le rapprochement, on pourrait dire que le travail de Jacob van Loo évoque presque la démarche de Nan Goldin pour qui le nu et la sexualité sont des choses de la vie quotidienne (Simon and Jessica in the shower Paris - 2001).

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10 février 2011

L'ascension de Charles Le Brun

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Les éditions de la Maison des Sciences de l'Homme viennent de publier dans la collection « Passages » (avec le concours du très actif Centre allemand d'histoire de l'art) la thèse de doctorat de Bénédicte Gady consacrée aux mécanismes d'ascension professionnelle, sociale et artistique de Charles Le Brun.

Outre la masse documentaire, la précision et la rigueur scientifique, ce qui est remarquable dans cet ouvrage c'est la manière dont l'auteur nous fait partager les étapes de son enquête. On assiste avec elle, comme derrière son épaule, à l'exploration intellectuelle de cette matière historique et documentaire complexe. Le résultat est à l'opposé de bien des ouvrages savants où la somme des analyses est placée sous les yeux du lecteur, comme une masse indigeste. Nous sommes les témoins comblés d'une véritable prospection intellectuelle que renforce encore la qualité du style. Au-delà du sujet "Le Brun", c'est presque une philosophie de la science sociale que l'on savoure.