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28 avril 2011

Rembrandt et la figure du Christ

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Le musée du Louvre présente ce printemps une nouvelle et remarquable exposition sous pyramide : Rembrandt et la figure du Christ.

L'exposition prend comme point de départ une mention dans un inventaire des biens de Rembrandt dressé en juillet 1656 : "Une tête du Christ d'après nature".

 

La formule est saisissante.

Évidemment, on pourra désamorcer l'intrigue en expliquant qu'il s'agissait tout simplement de qualifier un tableau représentant une tête du Christ peint dans un style naturaliste à partir d'un modèle vivant.

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Ce serait passer à côté de tous les questionnements fascinants et fondamentaux que suggère une telle formule, comme la question de l'apparition du Christ, de la possibilité de le voir réellement parce qu'il vous apparaît. Le XVIIe siècle s'est beaucoup interrogé sur les moyens de connaître ce Dieu caché.

 

La formule pose ainsi la question de l'Incarnation, pierre angulaire d'une religion qui met son espérance et sa foi dans une figure fragile, à l'opposé du dieu jupitérien de l'Ancien Testament, Créateur du Ciel et de la Terre.

 

Elle pose aussi mille autres interrogations que l'exposition approfondit ou permet d'évoquer : la question de la visibilité du divin et de la matérialité du spirituel, la question de l'icône, la question de la Sainte Face, la question de l'apparence du Christ. Était-il beau, était-il laid? La question de la personne réelle et vivante prise pour modèle. On sait que Rembrandt a fait poser des membres de la communauté juive d'Amsterdam, rappelant au passage que Jésus était juif.

 

L'exposition s'attarde aussi sur le dépassement des canons d'idéalisation, sur la contestation de l'immuabilité de l'image du sacré, sur l'adoption du naturalisme pour le traitement de la  peinture religieuse (enjeux complexes auxquels Caravage en son temps avait été confronté - on regrettera peut-être l'absence d'une œuvre de ce dernier dans l'exposition). Mais aussi sur la présence du Christ partout, en tout lieu et en tout temps, sur la présence du Christ parmi les humbles. C'est aussi la question du Salut par l'humilité, dans l'humanité qui est posé. En définitive, ce que démontre surtout cette exposition c'est la capacité de Rembrandt à créer une image en équilibre entre le spirituel et l'impermanence.

 

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L'un des atouts majeurs de cette exposition réside dans l'effort pédagogique mis en place. Les enjeux principaux sont clairement expliqués, la problématique se déroule tout le long du parcours et le discours est à la fois précis, cohérent et nourri. Outre les habituels panneaux de salles, des cartels développés permettent aux visiteurs de suivre la démonstration. L'une des thèses principales de l'exposition est  que la représentation du Christ chez Rembrandt est d'un naturalisme novateur. Pour cela, les commissaires de l'exposition n'ont pas hésité à étayer leur démonstrations en s'appuyant sur des œuvres d'autres artistes (Van der Weyden, Mantegna, Dürer), permettant ainsi de faire comprendre la différence entre les représentations traditionnelles et l'apport de Rembrandt. Méthode "luxueuse" de faire de l'histoire de l'art, comme l'écrit Philippe Dagen, mais cela fonctionne parfaitement. La comparaison est la maîtresse méthode de l'histoire de l'art, on ne le dira jamais assez.

 

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